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31 mai 2006

Pourquoi nous ne soutenons pas « Défi pour la Terre »

Pourquoi nous ne soutenons pas « Défi pour la Terre ».

Courant mai, nous avons reçu un message de la Fondation Nicolas Hulot qui nous proposait un échange de liens pour soutenir leur campagne Défi pour la Terre. Voilà notre réponse.

Bonjour.

Cela fait maintenant plusieurs années que nous cherchons à alerter nos concitoyens sur les dangers du réchauffement climatique, et plus nous nous investissons dans ce combat, plus nous nous rendons compte que le temps nous est compté : début 2005 et début 2006, à Londres, 2 rapports successifs ("Relever le défi du climat" et "Éviter un changement climatique dangereux") estiment qu'une élévation de la température de plus de 2° [nous en sommes déjà à plus de 0,6°] entraînera le climat dans un processus irréversible. Pour avoir une chance d'éviter cela, la concentration en CO2 de l'atmosphère ne devrait pas dépasser 450 ppm [nous en sommes à 380ppm avec une augmentation d’environ 2ppm ces dernières années], ce qui nécessite de faire décroître les émissions mondiales en GES avant 2015.

Dans ce contexte, il est effectivement plus que temps que le public soit le plus largement possible informé, et votre campagne y contribue pour une grande part. Malheureusement, les inerties misent en oeuvre, que cela soit au niveau de la biosphère (par exemple, les océans ont commencé à se réchauffer et continueront encore un moment, quoi qu’il arrive) comme au niveau humain (par exemple, renouveler un parc automobile demande une quinzaine d’années), ne permettent pas les demi-mesures. Il est donc clair que le particulier, responsable directement de près de 50% des émissions de CO2 (habitat, transport) et indirectement du reste, doit chercher immédiatement à faire passer ses rejets individuels en dessous du seuil des 500 kg équivalent carbone annuel, si l’on veut simplement arrêter de saturer l’atmosphère.

Or, passer de 2 tonnes à 500 kg demande de diviser par 4 nos émissions en gaz à effet de serre, alors qu’au plus fort de la crise pétrolière des années 70, nous n’étions parvenu à réduire notre consommation énergétique que de 30% ! Qui plus est, les émissions françaises font parties des plus faibles (pour les pays occidentaux), les Allemands devant diviser par 6 les leurs, les Américains par plus de 8.

Nous sommes donc intimement convaincu que la seule voie qui permettra à nos enfants d’avoir un minimum de prises sur leur avenir, passe par un changement radical de notre vie quotidienne. Et ce changement ne pourra pas reposer sur la technologie tant que le moteur de notre société reposera sur la consommation, tout simplement parce que la démultiplication des consommateurs (nous sommes 1,2 milliard d’occidentaux alors que les pays émergeants comptent plus du double d’habitants) annulera d’office tous les éventuels gains écologiques réalisés par le « progrès ». Nous devons donc nous orienter résolument vers un modèle reposant sur la sobriété, ce qui ne pourra pas se faire tant que la publicité cherchera à nous convaincre en permanence que « consommer, c’est vivre ».

Il nous est donc impossible de nous associer à votre démarche tant que celle-ci sera sponsorisé par des médias privé, comme TF1, ou de grandes marques commerciales, comme Loréal ou Leclerc (Marques repères), puisque le but implicite de leur soutien est de nous faire croire que nous pourrons sauver notre planète tout en continuant à augmenter notre consommation. Votre action va donc, au mieux, inciter un certain pourcentage de la population à accomplir quelques gestes symboliques qui leurs donneront bonne conscience, annihilant ainsi tout espoir de les voir remettre en cause un mode de vie qui tue la vie.

Même si cela est dur à dire, nous ne sommes pas en train de partir en croisade pour une quelconque œuvre de charité, mais nous entamons un combat pour la survie de notre espèce, combat que nous devrons mener dans un monde incapable de subvenir à nos besoins (d'après le rapport de synthèses sur l'Évaluation des écosystèmes pour le Millénaire - l'ONU s'est fixé 48 indicateurs pour suivre l'évolution globale pour le millénaire - 60% environ des bienfaits que procure l’écosystème mondial pour soutenir la vie sur terre - eau douce, air pur et climat relativement stable - sont en voie de détérioration ou utilisés de façon non viable) alors même que l’énergie abondante que nous avons connu va nous faire défaut.

Nous devons donc tout faire pour alerter nos concitoyens, mais sans que notre message puisse être récupérer pour des profits commerciaux.

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Commentaires

Et avez-vous eu une réponse ?

Ecrit par : Dilettante | 07 juin 2006

Pas de réponse à ce jour!
Cela viendra peut être et je pense que ce serait très interessant. Mais j'avoue avoir peu d'éspoirs.
S'il en vient une un jour, je la mettrai en commentaire.
A bientôt,
Laurence.

Ecrit par : Laurence | 07 juin 2006

Nous avons reçu une réponse il y a maintenant quelques jours, mais nous n’avons pas souhaité la publier sans l’accord de son auteur. Bien nous en pris puisque la réponse à notre second courrier laisse penser que notre correspondant n’y tient pas beaucoup...

Nous voilà donc dans l’obligation de reformuler les réponses de notre interlocuteur sans le citer tout en respectant le plus possible son message. Dur challenge que nous aurions préféré éviter...

Voilà donc notre traduction :

Après nous avoir dit que l’on comprenait notre position, on nous informe que c’est une réelle volonté de la part de la Fondation d’impliquer des entreprises comme L’Oréal ou EDF car l’écologie concerne tout le monde et pas seulement une poignée d'intransigeants. Les entreprises ayant une place dominante dans notre société, elles doivent intervenir pour modifier notre comportement et protéger la planète. D’ailleurs, ces entreprises évoluent comme le démontre de nombreuses actions.
Il est donc impossible d’agir en les laissant de côté et leurs soutiens nous a permis d’obtenir plus de 500 milles signatures. Et si vous avez des doutes sur les promesses réalisées, une enquête d'Ipsos Opinion est en ligne sur notre site. Pour finir, il faut savoir qu’aucune opération de partage sur des produits commerciaux est réalisé avec ces entreprises.

Ecrit par : TM | 19 juin 2006

Notre réponse:

Bonjour.

Nous sommes heureux que vous ayez pris la peine de répondre à notre courrier
pour défendre votre point de vue. Nous allons donc pouvoir échanger quelques
idées, mais, tout d’abord, permettez-nous de préciser 2 points :
-1- Nous ne remettons nullement en cause votre bonne foi, et encore moins celle
des personnes qui se sont engagées à faire « un geste », mais nous estimons
simplement que vous ne remettez pas en cause les bonnes choses (nous donnons
quelques exemples plus loin).
-2- Nous ne sommes pas un ancien groupe d’écologistes « aigris », comme vous
semblez le supposer, si nous interprétons correctement le qualificatif de «
minorité d’irréductibles ». Pour tout dire, nous ne nous classons même pas
parmi les écologistes. Nous sommes simplement des citoyens ordinaires qui ne se
préoccupaient que de leurs petites affaires jusqu’à ce que la canicule de 2003
et ses 15000 morts nous tirent de notre béatitude.

Ceci exposé, revenons à notre débat. Pour faire simple, nos divergences
actuelles tournent essentiellement autour de 2 points. Commençons donc par le
plus évident, même s’il n’est pas le plus important : l’implication des
entreprises dans vos actions.

Est-ce que les entreprises doivent intervenir dans la lutte contre le
réchauffement climatique ? Bien évidemment oui, et il est même indéniable
qu’elles ont commencé depuis quelques temps, puisque les rejets qui leurs sont
directement imputables sont en baisse, alors que ceux des particuliers sont en
hausses. Par contre, on peut s’interroger sur leurs motivations qui, selon
nous, ne peuvent être qu’économiques (un industriel ou un entrepreneur, même
avec la meilleure volonté du monde, ne peut pas agir contre ses intérêts. Et la
rentabilité économique est leur préoccupation principale).

Or, investir pour faire des économies d’énergie est un message qui est très bien
perçu par les industriels, ce qui explique la diminution de leurs rejets. Par
contre, penser qu’ils vont chercher à faire évoluer notre comportement sans
arrières pensées commerciales relève de la naïveté.

Quel est le discours de L’Oréal vis à vis du public ? Lui explique-t-il que le
maquillage est un luxe que notre planète ne peut pas s’offrir ? TF1
cherche-t-il à réduire les publicités automobiles, dans lesquelles on vous
explique que l’homme doit se laisser guider par le petit grain de folie que la
nature a mis en lui, plutôt que par sa raison ? Même la SNCF, qui a pourtant
pour elle le fait de posséder un des modes de déplacement de groupes le moins
polluant, n’hésite pas à promouvoir l’avion sur son site voyages-sncf !
À notre humble avis, même avec la meilleure volonté du monde, vous n’empêcherez
jamais les entreprises de faire leur travail, c’est à dire vendre leurs
produits ! C’est pourquoi il faut prendre le problème à l’envers : c’est au
consommateur de changer sa façon de consommer car, dans ce cas, les industriels
auront une raison économique de s’adapter.

Évidemment, tout est imbriqué, et on peut estimer que votre action est bien
aussi efficace que la nôtre (en tout cas, vous avez largement plus de
signataires que nous !). Du coup, pourquoi n’accepterions-nous pas votre
proposition de liens, ce qui nous permettrait d’avoir la fierté, après
plusieurs années de combats, d’apparaître sur vos pages. À ce stade du
raisonnement, il est effectivement nécessaire de revenir sur le second point de
nos divergences : l’urgence du problème.

En effet, fondamentalement, si nous nous inscrivons « contre » votre façon
d’informer le public, c’est que nous estimons que notre société n’a pas le
temps d’évoluer de cette façon. Pour nous, il est clair que notre comportement
doit évoluer tellement radicalement qu’aucune marque commerciale dominante ne
souhaitera soutenir notre message (par contre, les petites entreprises locales
devraient apprécier).

Pourtant, comme nous le disions au début, nous ne sommes ni des révolutionnaires
ni des anciens de 68. Nous sommes complètement conscients des immenses avantages
que nous procure notre mode de vie, comme le « simple » fait de pouvoir
regrouper jusqu’à 5 générations lors d’un anniversaire, et si nous remettons
celui-ci si radicalement en cause, ce n’est pas par gaieté de coeur. Mais nos
réflexions quotidiennes et notre suivi de la presse ne nous laissent pour
l’instant aucun espoir : tant que le but de 6,5 milliards d’humains sera de
consommer, le taux de concentration de gaz à effet de serre de
l’atmosphère ne nous semble pas prêt de décroître !

Car il faut bien comprendre que nous ne devons fonder aucun espoir dans les
nouvelles technologies, puisque nous n’avons pas le temps de les mettre en
place !

Et tant que vous ne serez pas conscient de ce point, votre raisonnement
sera faussé.

Cordialement,
les WebMasters de RechauffementClimatique et VieRurale.

Ecrit par : TM | 19 juin 2006

Et pour finir, voilà donc, traduite par nos soins, la réponse à notre second message :

De nouveau, on commence par nous expliquer que l’on comprend notre position et que l’expression « minorité d’irréductibles » ne souhaitait pas nous vexer. Ils sont d’accord avec nous pour affirmer que ce n’est pas le progrès qui changera les choses, mais les personnes, d’où leur campagne. Cependant, pourquoi délaisser les entreprises ? Évidemment, une entreprise doit rester rentable, mais pourquoi ne prendrait-elle pas en compte son impact écologique ?
Ils sont aussi totalement conscients de l’urgence de problème et œuvrent chaque jour à d’autres solutions.
Ceci dit, leur prise de contact n’avait pas pour but d’entamer un débat sur nos sites, puisque leurs points de vue sont clairement exposés sur les leurs. Cet échange leur a été agréable, mais ils ne peuvent pas être partout à la fois, ce qu’il faut respecter.

Ecrit par : TM | 19 juin 2006

Merci d'avoir partagé ces échanges.

Ecrit par : Dilettante | 21 juin 2006

Bonjour à vous, et félicitations pour votre blog, je le trouve bien construit et prenant.

J'ai pris le temps de lire vos échanges avec la Fondation Hulot. Etant l'auteur d'un modeste blog traitant des sujets liés à l'environnement, je surf chez mes confrères de thème pour m'imprégner d'idées, de tendances, de nouvelles informations...

A la lecture de vos échanges, et avec mon oeil novice, j'ai le sentiment de pouvoir faire un parallèle entre les membres d'un groupe politique se s'entendant pas sur la forme mais partageant le même fond d'une idée globale face à une problématique plus ou moins précise. Je suis toujours stupéfait de découvrir combien sont ceux qui sous-estiment le fait de focaliser les esprits des curieux sur des formes leurs faisant oublier le fond de ce qu'ils étaient venus chercher. L'histoire est pleine de chutes d'empires, de parties, de Royaumes puissants provoquées par des divisions diverses.

Je me suis toujours dits que l'enjeu de notre avenir sur un plan idéologique se concentrerai dans l'idée de sauver tout ce que nous pouvons mais qu'il y aura de toute façon énormément de casse. Je me suis également toujours dit que nous navions plus le temps de discuter. Mais le monde, les mécanismes de la civilisation humaine ne répondent pas à ces mêmes raisonnement qui nous amènent à nous dire: dépêchons nous, le temps presse...

Alors je me rends compte que je peux soit décider d'être un pur idéaliste en me disant:zéro pollution, pas d'accords avec toute forme de consommation polluante, et fini ma vie d'humain qui a adapté son environnement à sa convenance pour y vivre, et demain j'irai vivre d'eau et de chasse dans la fôret située derrière chez moi et nu bien entendu...

Ou alors je me dis que la réalité me rappelle que je ne suis plus capable d'être 100% nature et que la seule solution pour moi est de faire de mon mieux. Prendre le vélo, acheter éco, vivre dans un appart HQE, acheter du bio non polluant etc...Et je me dis aussi que jamais je ne pourrais faire césser les forrages de pétrole, ni les usines à charbon de cracher leur venin dans l'atmosphère, mais je me dis que je peux m'unir à d'autres et d'autres encore pour faire des énnemis d'hier les alliés de demain...Rien d'extraordinaire la dedans, les relations internationales sont pleines de tels schémas; mais s'il y a un schéma beaucoup plus rare, c'est celui de l'union de l'homme, qu'il soit blanc, noir, jaune, femme, enfant, américain, russe,chinois, communiste, socialiste, intellectuel, ouvrier, aucune barrière, un seul chemin et ensemble.

Si demain l'on me dit qu'à force de persuasion, même le dernier des pollueur peut devenir un véritable défenseur de l'environnement et nous rejoindre dans ce combat masgistral qui s'annonce pour l'humanité, si je dois travailler avec lui pour le persuader, je le ferais, car le jeu en vaut franchement la chandelle...

Bonne journée à vous

Ecrit par : ferrand | 07 juin 2007

Bonjour ferrand.

Je suis heureux de constater que les préoccupations environnementales progressent parmi la population, mais je suis loin de partager votre optimisme sur la reconversion des pollueurs. Comme vous le dite vous-même, la mentalité humaine est tellement particulière que l’on ne peut pas espérer que la raison la guide. Pour prendre un exemple simple, vous pouvez interroger n’importe quel fumeur et lui demander s’il n’est pas au courant que la cigarette tue. De là à persuader quelqu’un de convaincu que l’argent mène au bonheur, d’arrêter d’en gagner pour sauver des inconnus d’une mort possible...

De la même manière, je pense que depuis la nuit des temps nous avons tous la même vision de la vie : être le plus heureux possible. Pourtant, cela n’a jamais entraîné « l’union de l’homme, qu'il soit blanc, noir, jaune, femme, enfant, américain, russe, chinois, communiste, socialiste, intellectuel, ouvrier ». J’aurai même plutôt tendance à penser que la relative fraternité que nous vivons actuellement en occident est due à notre opulence, et que nous retrouvons nos travers ancestraux dès que nous devrons jouer des coudes pour conserver quelques miettes de notre grandeur condamnée.

Naturellement, je suis conscient que je vais être catalogué comme catastrophiste alors même que je ne fais que suivre l’actualité (« Les émissions de CO2 ont augmenté dans le monde de manière alarmante entre 2000 et 2004, à un rythme trois fois supérieur à celui des années 1990, plus vite que dans le pire scénario envisagé par le GIEC. » - http://www.vierurale.com/Humeur/ApocalypseMC.php?tCible=vrArticle&Id=ApoParler1). Pourtant, comme vous, je continue mon combat quotidien contre mes émissions de GES et je dois dire que je suis assez fière de ma famille, qui tend vers son objectif de 500 kg équivalent carbone par personne et par an (http://www.vierurale.com/Interieur/Famille/DecroissanceMC.php?tCible=vrTechnique&Id=DecProposition2).

J’essaye donc de faire ma part, comme le colibri (http://www.mouvement-th.org/index.php/mvt/comment_agir), tout en étant persuadé que seul cette méthode permettra de sauver mes enfants. Mais cela ne m’empêche pas d’être conscient.

Ecrit par : TM | 08 juin 2007

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