05 juin 2005

La quête

Il y a, globalement, 2 raisons de se retrouver en quête de simplicité. La première est une recherche raisonnée d'une baisse de sa consommation, pour des raisons budgétaires, écologiques ou autres, alors que la seconde est une remise en question d'un mode de vie qui ne semble plus répondre à nos attentes, dans lequel on se reconnaît plus.

De prime abord, on pourrait penser que ces deux approches sont incompatibles. Pourtant, je suis sûr que la décroissance volontaire permettra de répondre aux attentes des deux, simplement en leur faisant comprendre que moins de bien ne veut pas dire moins de joies ! En effet, en acceptant ce postulat, l'économe pourra s'investir dans sa chasse au "gaspi" sans peur des frustrations, alors que le désorienté saura donner une nouvelle direction à sa vie.

Malheureusement, comme cette affirmation est en complète contradiction avec les valeurs couramment admises, il va nous falloir l'étayer un peu.
Consommer moins n'est pas une erreur, c'est une nécessité.

Pour commencer, nous devons admettre que nous vivons dans le meilleur des mondes que nous ayons réussi à construire car, il faut bien le reconnaître, on ne peut qu'être admiratif devant les progrès extraordinaires de notre civilisation moderne. Si l'on s'en réfère grossièrement aux périodes de notre histoire, l'Antiquité a durée un peu plus de 1000 ans (-600/600), le moyen-âge un peu moins (600/1500), et la période actuelle environ 500 ans. Que l'on prenne comme référence la fin du moyen-âge, ou carrément le début de l'ère industrielle, il y a 150 ans, nous en arrivons toujours à la même conclusion : nous avons atteint des sommets extrêmement rapidement.

Sans vouloir les passer toutes en revue - nos avancées vont de l'infiniment petit (décryptage du génome humain) à l'infiniment grand (espace) - le meilleur exemple, selon moi, de notre évolution, réside dans l'augmentation considérable de notre population : nous avons dépassé les 6 milliards d'êtres humains !

Notre technologie est telle que, même si les occidentaux sont encore actuellement les premiers servis, nous parvenons chaque jour à sauver plus de vie, en soignant et en nourrissant mieux la grande majorité de la population du globe. Nous sommes même en passe de réussir à faire passer le nombre de personnes bénéficiant d'un niveau de confort que je qualifierais "d'occidental", de 1,2 milliard à pratiquement 4 milliards (en considérant que la Chine, l'Inde et le Brésil nous rattrapent).

Quelle civilisation peut se targuer d'avoir accédé à un tel niveau d'abondance, qu'elle soit obligé de soigner sa population la plus pauvre contre l'obésité ?

Car, malheureusement, nous ne connaissons pas la mesure, et nos excès sont proportionnels à notre puissance. À un point tel que David Brower, un des fondateurs du mouvement écologiste (fin des années 1960), a imaginé la métaphore suivante :

Notre planète est née le lundi à zéro heure. Lundi, mardi et mercredi jusqu'à midi, la Terre se forme. La vie commence mercredi à midi et se développe dans toute sa beauté organique pendant les quatre jours suivants. Dimanche à 4h de l'après-midi seulement, les grand reptiles apparaissent. Cinq heures plus tard, à 9h du soir, lorsque les séquoias sortent de terre, les grands reptiles disparaissent. L'homme n'apparaît qu'à minuit moins trois minutes, dimanche soir. A un quart de seconde avant minuit, commence la révolution industrielle. Il est maintenant minuit, dimanche soir, et nous sommes entourés des gens qui croient que ce qu'ils font depuis un quarantième de seconde peut continuer indéfiniment.


Effectivement, le problème est là. Est-ce que notre croissance est durable ? Autrement dit, quelle quantité d'humains, et avec quel train de vie, notre bonne vieille Terre peut-elle supporter ?

Il est clair, puisqu'on ne peut qu'admettre que notre planète est un espace fini, que cette croissance ne pourra pas être infini. Mais peut-on essayer d'être plus précis, et essayer de donner, ne serait-ce qu'approximativement, une date à partir de laquelle le système ne pourra plus s'étendre ?

C'est la question à laquelle ont essayé de répondre quelques 1300 spécialistes de 95 pays, après l'appel de Kofi Annan (Secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies) en 2001. Et la bonne nouvelle, c'est qu'ils sont parvenu à être extrêmement précis sur la date à partir de laquelle le système ne pourra plus s'étendre : c'était hier !

En effet, d'après le rapport de synthèses sur l'Évaluation des écosystèmes pour le Millénaire [L'ONU s'est fixé 48 indicateurs pour suivre l'évolution globale pour le millénaire], 60% environ des bienfaits que procure l’écosystème mondial pour soutenir la vie sur terre (eau douce, air pur et climat relativement stable) sont en voie de détérioration ou utilisés de façon non viable. Les conséquences dommageables de cette détérioration pour la santé humaine se font déjà sentir et pourraient s'aggraver sensiblement au cours de ces 50 prochaines années. Par exemple, la quantité d’eau disponible par habitant est passée de 12 900 m3 en 1970 à moins de 7 000 m3 aujourd’hui, et elle devrait descendre à 5 100 m3 en 2025. Autre indicateur inquiétant : dix-sept des plus grandes zones mondiales de pêche ont atteint ou dépassé leurs limites naturelles [Source : Food and Agriculture Organization (FAO)]

En clair, nous agissons comme le cavalier qui maltraite tellement sa monture qu'il met celle-ci en péril. Or, nous n'en avons pas d'autre ! Que pourrons nous faire quand les sols, épuisés par tant de furie, arrêteront de nous alimenter ? Notre technologie est telle, et notre monde si grand (à l'échelle humaine) que, malgré tous les signaux que nous percevons, nous n'arrivons pas à nous en inquiéter.

Pourtant, nous avons déjà quelques exemples de civilisations qui ont disparu après avoir mis à mal leur environnement. Naturellement, les cas ne sont pas légion puisque, pour correspondre à notre situation, il fallait que celles-ci soient géographiquement isolées du reste du monde. Mais il y en a quand même quelques unes, dont la plus connue est sans conteste celle de l'île de Pasques, où se dresse encore actuellement quelques têtes de pierre géantes. Les études montrent que c'est la surexploitation de leur milieu forestier, pour des raisons mercantiles (religion, pouvoir, ...), qui mit fin brutalement à leur société...

Pour continuer sur les mondes clos, peut-être que certains d'entre vous se souviennent du projet Biosphère 2 (une immense pyramide de verre de 122 000 m3, construite dans le désert d'Arizona à la fin des années 80), qui devait réussir à faire vivre de manière complètement autonome 8 personnes pendant plusieurs années. Malgré le professionnalisme de la tentative (océan artificiel avec vagues, ventilateurs géants simulant le vent, etc.), et les fonds importants (220 millions de dollars), la tentative fut un échec...

Nous devons donc bien comprendre qu'à partir d'un certain seuil, nous sommes incapable de reconstruire ce que nous avons détérioré. Or, nous ne nous contentons pas de vampiriser la planète. Nous avons aussi déréglé son climat, nous mettant ainsi à la merci de forces devant lesquelles notre technologie n'est d'aucun secours.

Je ne récapitulerai pas, ici, les différents phénomènes auxquels nous serons confrontés du fait du dérèglement climatique, puisque tout est détaillé dans le dossier qui lui est dédié (voir Apocalypse écologique), mais les énergies que nous utilisons pour consommer doivent être immédiatement réduites de manière importante (d'un facteur 4, pour un français; 6 et 10 pour un allemand et un américain !).

Nous voilà donc devant une première conclusion : malgré tous ces avantages, notre société moderne n'est pas viable avec un tel niveau de consommation !

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