12 juin 2005
La vérité est ailleurs (2e partie/5)
Les méfaits d'une société de consommation.
Si je poursuis ma réflexion, mon interrogation suivante sera donc : pourquoi ne sommes nous pas heureux ? À la base, il était clair que de ne pas avoir d'abri, ou être malade, ne nous permettait pas d'atteindre le bonheur. Pourtant, avoir un logement et pouvoir se soigner ne nous y pas amené non plus...
Le plus paradoxal, c'est que notre sentiment d'insatisfaction grandit en même temps que notre confort ! Cependant, tout semble idyllique. Pour ne parler que de ma génération (et, par extension, des suivantes), notre santé est hyper-protégée dès notre naissance : maternité, vaccination, médecin de famille, médicaments... Nous ne subissons ni le froid, ni la faim, et nous utilisons tellement d'eau pour nos simples besoins corporels, que s'en est insultant vis à vis de ceux qui n'ont pas notre chance. Nos besoins primaires sont donc largement couverts, et nous avons encore suffisamment de ressources pour crouler sous les divertissements !
Malgré tout, ceux-ci ne nous rendent pas heureux...
À mon humble avis, le problème vient que nos civilisations occidentales se sont tellement laissées entraîner par leurs compétences techniques, qu'elles ont fini par associer le progrès au bonheur.
Effectivement, toute notre civilisation est fondée sur cette notion d'acquisition. Je ne reviendrais pas sur les idées qui nous ont fait choisir cette direction (il semblerait que la croissance soit apparue après la guerre de 1940, et qu'elle fut la réponse du président Truman au communisme), mais il est clair que le système est parti en boucle. Pourtant, l'idée paraissait séduisante : créer des biens de consommation à la chaîne permettait de mettre ceux-ci à la portée de tous.
Malheureusement, si le concept d'une économie complètement dirigée par l'état, à connu la fin que l'on sait, il semble bien que l'attrait du gain ne soit pas un meilleur guide. Dirigée par des règles économiques, notre société se voit obligée de rechercher des marchés pour écouler sa production, et elle n'en a pas trouvé de meilleur que nous. Or, s'il est facile de nous faire acheter l'indispensable, il est beaucoup plus compliqué de nous vendre le superflu, voir l'inutile.
Du coup, une nouvelle science est née : le marketing ! Si son but premier a été d'adapter la production au marché, il ne lui a fallu que peu d'années pour se mettre à chercher à adapter le marché à la production. En effet, quand on souhaite vous inciter à acheter quelque chose qui ne vous apportera fondamentalement rien de plus, les arguments employés peuvent sans risque quitter le rationnel pour investir l'émotionnel. De nos jours, on en arrive carrément à chercher à vous vendre une voiture en vous vantant son lecteur MPEG (nouveau support musical) !
Quand on en arrive à ce stade pour un bien d'une tel coût, il est clair que la mise en valeur des produits de grandes consommations atteint des sommets. Manger des tartines au petit déjeuner ou boire un verre au robinet devient une hérésie que tous les médias dénoncent ! La moindre de nos habitudes est remise en cause, car la nouveauté ne peut être que progrès, et le progrès ne peut être que bénéfique.
Mais que devient notre perception de la vie courante quand, à longueur de journée, on nous vante les avantages de ce qu'on n'a pas (parce que, sinon, cela ne sert à rien d'essayer de nous le vendre !) ? La première réponse qui vient à l'esprit concerne l'humiliation : ne pas pouvoir s'offrir ce que l'on nous décrit comme "courant" ne peut qu'être démoralisant.
Mais le mal ne s'arrête pas là ! Car, pour pouvoir accéder à cette norme, nous nous imposons des contraintes qui ne peuvent qu'aggraver notre mal être. Nous délaissons les "petites" villes - et je ne parle pas des villages ! - pour nous entasser dans des mégapoles sous prétexte qu'elles offrent plus de commodités. Ce faisant, nous limitons notre espace de vie aux 4 murs de notre logement, ce qui nous incite à rechercher des loisirs extérieurs (que ce soit pour les enfants ou pour nous), dépenses qui ne font qu'augmenter notre dépendance à l'argent.
Du coup, l'homme et la femme travaillent, délaissant leurs enfants pour mieux subvenir à leurs besoins. Le plus consternant, dans l'histoire, c'est que, sous l'effet des remords et de la pression des enfants - qui sont, eux aussi, la cible de nos publicistes - nous ne résistons pas à leurs sollicitations, ce qui les conforte dans le schéma "bonheur = consommation".
Je n'ose pas imaginer ce que ressentira un enfant qui ne sera pas capable d'avoir le même niveau de vie que ses parents...
08:45 Publié dans 08.LA VERITE EST AILLEURS | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Décroissance volontaire
Commentaires
http://www.simplicitevolontaire.org
Il faut que vous alliez voir ce site canadien, initiative d'un certain Mongeau.
Il n'est pas aussi savant que vous, mais il a compris l'absurdité de notre mode d'existence occidental et propose un mode d'action.
Le titre est un peu banal. La démarche n'est pas du tout banale !
Cordialement
J.R - retraité - banlieue parisienne
Ecrit par : Jean Reignard | 04 avril 2005
Bonjour,
je vous remercie pour ce lien.
La simplicité volontaire est un terme que je commence à rencontrer de temps en temps. Peut être est ce parce que j'y accorde plus d'attention depuis que j'ai compris qu'il fallait sortir de ce "système" de consommation!
Je suis flattée que vous me qualifiée de "savante", mais je cherche surtout à me documenter sur un sujet qui me tient très à coeur et comment sortir du problème.
J'ai trois enfants et je suis inquiète pour leur avenir.
Ce n'est pas facile de leur montrer qu'on peut vivre autrement, mais ils retiendront le principal: le bonheur ne s'achète pas, nous le construisons.
A bientôt,
Laurence.
Ecrit par : Laurence | 05 avril 2005
Comme j'ai l'intention de continuer de parler dans mon blog de simplicité volontaire,
http://perinet.blogspirit.com/archive/2005/05/27/simplicite_volontaire.html
j'essaye de m'affilier sans succès à votre communauté. C'est peut-être parce que j'ai dû en supprimer une 3ième. Peu importe, je suis de tout coeur avec vous. Si vous avez des infos sur la simplicité volontaire ce serait sympa d'en faire part, sur ma note ou ici.
Continuez, c'est trop important.
Ecrit par : Joël | 13 juin 2005
Oups...
Je réalise que vous avez écrit plein de notes sur la décroissance que je vais m'empresser de lire. En fait le terme simplicité s'est imposé aux US à cause du titre du livre: "Voluntary simplicity"
Ecrit par : joël | 13 juin 2005
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