28 juin 2005
La vérité est ailleurs.
La vérité est ailleurs est un texte écrit par Thierry sur le site www.VieRurale.com.
J'ai voulu le diffuser sur ce blog dans l'espoir d'en offrir une encore plus large diffusion.
Ce texte perd un peu de son charme, car j'ai voulu présenter en plusieurs "chapitres" un texte qui se veut un tout. Aussi, je vous propose de le lire dans son contexte d'origine à l'adresse suivante:
www.vierurale.com/Humeur/VeriteC.php
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La vérité est ailleurs (1ère partie/5)
Préambule
Soyons clair : mon jeune âge (la quarantaine au moment où j'ai commencé à écrire ces lignes), couplé à ma formation scientifique, ne fait pas de moi un spécialiste de la question sociale. Il ne faut donc voir, dans mes propos, que le résultat des réflexions d'un père de famille qui s'interroge sur l'orientation à donner à sa vie, dans une société qui ne semble pas en avoir. Le seul privilège que je me permettrais d'avancer, mais qui a quand même son importance, est celui d'être heureux...
Car ce qu'il y a de remarquable dans notre société moderne, c'est que malgré tous les avantages qu'elle nous procure, nous vivons en permanence avec un sentiment d'insatisfaction, voir de frustration. À un point tel qu'il n'est plus possible d'avoir une discussion à bâtons-rompus, sans que votre interlocuteur ne se désole de quelque chose. Et si vous orientez la conversation sur les vacances, sujet on ne peut plus réjouissant, on a l'impression que ce sont les seuls moments qui méritent d'être vécus. À croire que notre vie quotidienne est devenue tellement rebutante, qu'il faille la fuir régulièrement pour la supporter.
Le paradoxe
Pourtant, quand on essaye de faire un point objectif sur l'état de nos acquis, on ne peut que constater que ceux-ci n'ont jamais été aussi important. En effet, si nous revenons à nos fondamentaux, il est dans la nature des choses que chaque être humain gagne sa nourriture à la sueur de son front.
Nos ancêtres ont donc, depuis la nuit des temps, travaillé quotidiennement pour satisfaire leurs besoins immédiat, sans parvenir réellement à se mettre à l'abri des mauvais jours. Réussir à travailler moins est donc une indication importante de l'amélioration de notre condition.
Or, notre temps de travail s'est énormément réduit ces dernières générations ! S'il a été stable pendant des siècles, à tel point qu'il ne venait à personne l'idée de le quantifier, la révolution industrielle (XIXième siècle) a modifié de façon radicale notre façon de vivre. En effet, c'est avec elle qu'est née la notion d'horaires de travail (les ouvriers ont moins de contraintes liées aux conditions météorologiques), qui étaient approximativement de 12 à 14 heures par jour, 6 jours sur 7, au début des années 1800.
À cette époque, les choses évoluent peu puisqu'il faut attendre 1900 pour qu'une loi limitant la journée de travail à 10 heures soit promulguée (les semaines comptent toujours 6 jours travaillés). C'est même seulement en 1906 que le repos dominical entre dans les textes, et il faut attendre 1936 pour que 2 semaines de congés soient accordées.
Si nous faisons une rapide comparaison, un ouvrier de 1900 travaillait donc 313 jours par an (365 jours - 52 dimanches), soit 3130 heures, alors qu'aujourd'hui nous en sommes à 1645 heures (52 semaines - 5 semaines de congés, à 35 heures), soit pratiquement la moitié !
Toujours dans l'optique de quantifier nos avantages acquis, on peut aussi s'amuser à comparer notre espérance de vie. Or, celle-ci est passée de 40 à 74 ans (pour les hommes) en à peu près un siècle, ce qui montre bien l'évolution de ce que j'appelle notre "qualité de vie". Pour information, l'espérance de vie au Bangladesh était de 57 ans en 1988.
Dans le même esprit de comparaison que précédemment, comme nous vivons 2 fois plus longtemps en travaillant 2 fois moins, nous devons forcément avoir un peu plus de loisirs qu'eux...
[pour être tout à fait précis, si un "ancien" travaillait 26 ans - on suppose qu'il commence à travailler à 14 ans et décéde à 40 - il travaillait donc 81 380 heures, ce que nous n'atteindrons même pas avec 40 ans à 35 heures, qui ne représentent que 65 800 heures !]
Pour finir, mais là cela devient plus technique et donc plus sujet à discussion, on peut comparer notre PNB par habitant (le PNB, Produit National Brut représente "la richesse" de notre pays et donc, par extrapolation, de ses habitants). Bien que la notion de richesse soit toujours très subjective, on peut quand même constater que, de nos jours, pratiquement chaque famille (ce qui représente au minimum 2 personnes) possède une voiture, ce qui était loin d'être le cas en 1950.
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12 juin 2005
La vérité est ailleurs (2e partie/5)
Les méfaits d'une société de consommation.
Si je poursuis ma réflexion, mon interrogation suivante sera donc : pourquoi ne sommes nous pas heureux ? À la base, il était clair que de ne pas avoir d'abri, ou être malade, ne nous permettait pas d'atteindre le bonheur. Pourtant, avoir un logement et pouvoir se soigner ne nous y pas amené non plus...
Le plus paradoxal, c'est que notre sentiment d'insatisfaction grandit en même temps que notre confort ! Cependant, tout semble idyllique. Pour ne parler que de ma génération (et, par extension, des suivantes), notre santé est hyper-protégée dès notre naissance : maternité, vaccination, médecin de famille, médicaments... Nous ne subissons ni le froid, ni la faim, et nous utilisons tellement d'eau pour nos simples besoins corporels, que s'en est insultant vis à vis de ceux qui n'ont pas notre chance. Nos besoins primaires sont donc largement couverts, et nous avons encore suffisamment de ressources pour crouler sous les divertissements !
Malgré tout, ceux-ci ne nous rendent pas heureux...
À mon humble avis, le problème vient que nos civilisations occidentales se sont tellement laissées entraîner par leurs compétences techniques, qu'elles ont fini par associer le progrès au bonheur.
Effectivement, toute notre civilisation est fondée sur cette notion d'acquisition. Je ne reviendrais pas sur les idées qui nous ont fait choisir cette direction (il semblerait que la croissance soit apparue après la guerre de 1940, et qu'elle fut la réponse du président Truman au communisme), mais il est clair que le système est parti en boucle. Pourtant, l'idée paraissait séduisante : créer des biens de consommation à la chaîne permettait de mettre ceux-ci à la portée de tous.
Malheureusement, si le concept d'une économie complètement dirigée par l'état, à connu la fin que l'on sait, il semble bien que l'attrait du gain ne soit pas un meilleur guide. Dirigée par des règles économiques, notre société se voit obligée de rechercher des marchés pour écouler sa production, et elle n'en a pas trouvé de meilleur que nous. Or, s'il est facile de nous faire acheter l'indispensable, il est beaucoup plus compliqué de nous vendre le superflu, voir l'inutile.
Du coup, une nouvelle science est née : le marketing ! Si son but premier a été d'adapter la production au marché, il ne lui a fallu que peu d'années pour se mettre à chercher à adapter le marché à la production. En effet, quand on souhaite vous inciter à acheter quelque chose qui ne vous apportera fondamentalement rien de plus, les arguments employés peuvent sans risque quitter le rationnel pour investir l'émotionnel. De nos jours, on en arrive carrément à chercher à vous vendre une voiture en vous vantant son lecteur MPEG (nouveau support musical) !
Quand on en arrive à ce stade pour un bien d'une tel coût, il est clair que la mise en valeur des produits de grandes consommations atteint des sommets. Manger des tartines au petit déjeuner ou boire un verre au robinet devient une hérésie que tous les médias dénoncent ! La moindre de nos habitudes est remise en cause, car la nouveauté ne peut être que progrès, et le progrès ne peut être que bénéfique.
Mais que devient notre perception de la vie courante quand, à longueur de journée, on nous vante les avantages de ce qu'on n'a pas (parce que, sinon, cela ne sert à rien d'essayer de nous le vendre !) ? La première réponse qui vient à l'esprit concerne l'humiliation : ne pas pouvoir s'offrir ce que l'on nous décrit comme "courant" ne peut qu'être démoralisant.
Mais le mal ne s'arrête pas là ! Car, pour pouvoir accéder à cette norme, nous nous imposons des contraintes qui ne peuvent qu'aggraver notre mal être. Nous délaissons les "petites" villes - et je ne parle pas des villages ! - pour nous entasser dans des mégapoles sous prétexte qu'elles offrent plus de commodités. Ce faisant, nous limitons notre espace de vie aux 4 murs de notre logement, ce qui nous incite à rechercher des loisirs extérieurs (que ce soit pour les enfants ou pour nous), dépenses qui ne font qu'augmenter notre dépendance à l'argent.
Du coup, l'homme et la femme travaillent, délaissant leurs enfants pour mieux subvenir à leurs besoins. Le plus consternant, dans l'histoire, c'est que, sous l'effet des remords et de la pression des enfants - qui sont, eux aussi, la cible de nos publicistes - nous ne résistons pas à leurs sollicitations, ce qui les conforte dans le schéma "bonheur = consommation".
Je n'ose pas imaginer ce que ressentira un enfant qui ne sera pas capable d'avoir le même niveau de vie que ses parents...
08:45 Publié dans 08.LA VERITE EST AILLEURS | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note
11 juin 2005
La vérité est ailleurs (3e partie/5)
Un choix d'avenir
Pour résumé, si la société de consommation a permis à l'écrasante majorité d'entre nous de bénéficier des bienfaits de la technique, sa survie passe maintenant par notre aliénation à la recherche du "toujours plus". Or, comme le dit si bien sœur Emmanuelle, cette quête ne peut pas remplir notre vie.
Du coup, tous les petits sacrifices qui pouvaient sembler si anodins, comme la promiscuité, le bruit ou le béton, changent de dimension dès que nous ralentissons notre course folle. L'important, finalement, c'est de ne pas se sentir seul, surtout quand on l'est. Or seul des liens profonds tissés avec nos semblables peuvent nous apporter ce sentiment là.
Mais ces liens ont besoins de temps pour se mettre en place. Heureusement, comme nous l'avons vu plus haut, nous sommes les premiers à bénéficier d'un "capital temps" aussi important. À nous, donc, de choisir si nous voulons le convertir en argent, ou en bonheur...
Bien évidemment, imaginer une soirée sans télévision peut donner des frissons à certains d'entre nous, pourtant nos grands-parents y ont survécu ! Sans vouloir revenir à la chandelle, pourquoi ne pas imaginer une soirée lecture, bricolage (maquette, puzzle, ...) ou jeux de société. Quelque soient vos goût, vous vous rendrez vite compte que, non seulement l'absence de publicité et d'informations ne vous empêchera pas de dormir, mais qu'en plus, de nouveaux échanges s'installerons dans votre famille.
En fait, à partir du moment où l'on accorde une richesse humaine au temps, vouloir sacrifier celui-ci pour augmenter son pouvoir d'achat apparaît vite comme une absurdité. Qu'est-ce qui vous fait penser que votre enfant trouvera plus de plaisir en faisant un tour de manège seul, plutôt qu'en partant à l'attaque des méchants bandits sur votre dos ? Aura-t-il raté sa vie si vous avez préféré dévaler les prés en luge avec lui, après avoir réalisé un igloo ou un bonhomme de neige, plutôt que de l'envoyer au ski ? Est-il plus agréable de tremper ses pieds en bord de mer, en compagnie de quelques centaines d'autres personnes, ou dans un ruisseau avec des oiseaux et quelques vaches comme uniques voisins ?
Sortir des schémas que nous proposent nos média n'est pas si difficile, surtout qu'ils sont trompeurs ! Pouvez-vous seulement imaginer qu'il n'y a que 10% des français qui partent aux sports d'hivers, alors qu'on en parle à la télé tout l'hivers ? De la même manière, qui se risquerait à dire qu'un français sur 3 ne pars pas du tout en vacances (en fait, nous sommes 38% à ne pas être partis du tout en vacances en 1999 [toutes ces données proviennent de l'INSEE]). Arrêtons donc d'écouter le chant des sirènes et essayons de construire notre vie à notre image.
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10 juin 2005
La vérité est ailleurs (4e partie/5)
Un choix d'avenir.
Naturellement, il est clair que si nous sommes nombreux à nous investir dans ce concept de simplicité volontaire, les fondements même de notre société, basés sur une croissance permanente, risquent de s'écrouler. Du coup, nombreux sont ceux qui vont nous prédire chômage et récession sociale !
Pour ma part, ma première réaction consistera à dire que nous n'avons, de toute façon, pas le choix. Je ne redévelopperais pas ici tous les arguments qui me permettent d'être aussi péremptoire (vous pouvez les retrouver dans notre dossier Apocalypse écologique), mais il est clair que notre planète ne supportera pas la mondialisation. Elle est déjà saignée à blanc par un peu plus d'un milliard d'occidentaux, et ce n'est pas l'arrivée imminente de 2,5 milliards de consommateurs supplémentaires (la Chine et l'Inde) qui va arranger les choses !
Ensuite, je pense que si ce sont les consommateurs qui imposent de nouvelles règles à notre société, il n'y a pas de raison pour que celle-ci n'arrive pas à s'adapter en douceur. Quand on voit sa capacité de réaction aux nouveaux marchés, je ne doute pas qu'elle saura créer des emplois même dans des secteurs qui semblent actuellement non-porteurs.
Quoi qu'il en soit, si vous estimez que prendre le temps d'apprécier ce que vous possédez déjà ne nuira, ni à la planète, ni à votre épanouissement, je vous invite à venir rechercher des idées, voir à participer, dans notre dossier sur la Décroissance volontaire que nous mettons en place dans la section Au foyer, rubrique Cercle familial.
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03 avril 2005
La vérité est ailleurs (5e partie/5)
L'écume ou l'éternité
Quid est hoc pro aeternitate ? - Qu'est-ce que ceci, au regard de l'éternité ?
Tout au long de mon existence, j'ai été séduite par tout ce qui "glisse et fuit d'une fuite éternelle". J'ai été fascinée par tout ce qui, telle l'écume, brille de reflets tentateurs et illusoires. C'est quelque chose, tout de même, que cette formidable énergie que nous déployons pour tenter de remédier au formidable vide, à l'insensé, au manque, en nous livrant corps et âme au flux et reflux du plaisir, dans une fuite perpétuelle hors de nous même ! C'est terrible, parce que c'est vain et voué à l'échec. Telle l'écume, le plaisir disparaît sitôt que son objet est saisi. Ainsi, l'insatisfaction creuse en nous, encore et toujours plus profond, son sillage d'amertume. Tout nous échappe, et nous-même avec, car tous nous allons mourir. Fondamentalement, c'est pour oublier la mort que nous nous divertissons. Nous sommes plongés dans un néant : tout fuit, et nous aussi.
[Sœur Emmanuelle - "Vivre, à quoi ça sert ?" (Flammarion)]
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